crédit image : Le Fort Napoléon
Chaque année, le dimanche des Rameaux ouvre la Semaine Sainte et commémore l’entrée triomphale de Jésus à Jérusalem. En Provence, cette fête revêt un caractère singulier, mêlant dévotion religieuse et coutumes populaires transmises de génération en génération. Des rameaux ornés aux pois chiches obligatoires, en passant par les brassados parfumés à la fleur d’oranger, la région garde vivantes des traditions que vous ne trouverez nulle part ailleurs en France.
Aujourd’hui, les fidèles portent à l’office de simples branches d’olivier, de laurier ou de buis. Mais pendant des siècles, la tradition provençale était bien plus spectaculaire. Les enfants présentaient à la bénédiction des rameaux entièrement décorés de fruits confits, offerts par leurs parrains et marraines. Au sommet trônait une orange confite ; des rubans bleus pour les garçons et roses pour les filles complétaient l’ensemble.
Certaines familles y voyaient même un moyen discret d’afficher leur aisance sociale, les mères confectionnant parfois elles-mêmes ces ornements avec fils de fer et pâtisseries maison. Cette ostentation était telle qu’un concile tenu à Aix-en-Provence en 1585 avait officiellement interdit cet usage — il fallut pourtant près de quatre siècles pour que l’interdiction soit réellement appliquée.
Dans la zone littorale varoise et provençale, on trouve encore aujourd’hui des palmes tressées, moins répandues car leur fabrication demande une technique plus exigeante.
Au-delà du symbole religieux, les croyants provençaux attribuaient aux rameaux bénits — issus d’arbres à feuillage persistant — des vertus protectrices pour le foyer. Conservés avec soin toute l’année, ils étaient censés préserver la maison de la maladie, des accidents, et plus encore : les rameaux étaient jadis particulièrement réputés pour protéger la maison de la foudre.
C’est l’une des traditions culinaires les plus ancrées de la région. Ce jour-là, le repas de midi doit impérativement comporter un plat de pois chiches. Le dicton provençal ne laisse aucun doute :
« Es bèn pauvre l’oustau, que noun manjo de cese pèr Rampau » (Est bien pauvre la maison qui ne mange pas de pois chiches pour les Rameaux)
La tradition remonterait à un épisode dramatique de l’histoire marseillaise. En 1418, la ville de Marseille traverse une grave disette à la suite d’une épidémie de peste. Six navires venus d’Italie, chargés de pois chiches, sont pris dans la tempête et contraints d’accoster à Marseille… le jour même des Rameaux. Cette cargaison providentielle sauve la population de la famine.
En hommage à cet événement, les Marseillais auraient institué la coutume d’en manger chaque année ce jour-là. Une tradition qui s’est ensuite diffusée à travers toute la Provence.
À côté des rameaux et des pois chiches, certaines familles perpétuent une troisième tradition : la confection des brassados, également appelés échaudés. Ces biscuits en forme d’anneau ont la particularité d’être d’abord plongés dans l’eau bouillante avant d’être dorés au four — d’où leur nom d’échaudés. Parfumés à la fleur d’oranger et au zeste d’orange, ils étaient traditionnellement accrochés aux rameaux des enfants.
Ingrédients : 350 g de farine · 2 c. à café de levure de boulanger · 40 g de sucre · 2 gros œufs · 40 g de beurre fondu · 40 g de lait · 2 à 3 c. à café d’eau de fleur d’oranger · 1 zeste d’orange non traité
Préparation : 40 min — Cuisson : 25 min — Repos : 2 h
Mélanger et pétrir tous les ingrédients, laisser reposer 40 min. Diviser la pâte en 16 parts, former des anneaux. Plonger les anneaux dans l’eau bouillante jusqu’à ce qu’ils remontent, puis dans l’eau froide. Égoutter, laisser reposer 1 h, badigeonner de jaune d’œuf et enfourner à 180°C pendant 20 minutes.
Des fruits confits aux pois chiches, des palmes tressées aux brassados parfumés, la fête des Rameaux en Provence est bien plus qu’une célébration religieuse : c’est un patrimoine immatériel vivant, porté par les familles et les communautés du Var et de toute la région PACA depuis des siècles.
La Chaîne Varoise vous invite à redécouvrir ces traditions et à les transmettre.